Les citoyens abandonnés par l'Etat
10/06/2010
C 'est au cours du mois de février que Jean- Paul Delevoye, Médiateur de la République, a rendu public son rapport annuel 2009. À travers la lecture de ce document, on constate que le fossé entre les citoyens et l'État n'a jamais été aussi profond et qu'un douloureux sentiment d'injustice s'installe dans la société. Suite aux accidents de la vie, les citoyens qui méconnaissent leurs droits se perdent en démarches administratives et juridiques complexes sans cesse modifiées que les fonctionnaires eux-mêmes peinent à maîtriser. Ce qu'il en résulte de part et d'autre, c'est un sentiment d'isolement et de fragilité qui vient s'ajouter aux souffrances initiales. Dans ces conditions, les services publics sont souvent perçus comme des espaces déshumanisés où l'on traite des dossiers et non des personnes. Le respect de l'autre laisse peu à peu la place à l'agressivité et à la banalisation de la violence y compris dans les "sanctuaires" que sont les écoles et les hôpitaux. Notre système du "vivre ensemble" se désagrège au profit de l'individualisme où l'individu est certes valorisé dans ses réussites mais isolé dans ses échecs.
Ce rapport fait le simple constat que la politique économique et sociale des gouvernements de droite qui se sont succédés a conduit notre pays vers la régression et le désespoir. Loin d'en tenir compte le gouvernement ne cesse de mener des réformes qui aboutissent à la destruction des emplois et à la réduction des services publics.
Chaque année, des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires sont supprimés ou non remplacés dans les secteurs de l'enseignement, de la santé ou de la police.
Mais le pire est à venir : après la suppression de la taxe professionnelle, le gouvernement maintient le cap de son projet de loi sur la réforme territoriale qui se fera aux dépens des citoyens, bientôt privés d'une politique de proximité qui répond à leur besoin d’écoute et de dialogue. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône, qui malgré le désengagement de l'Etat demeure très présent sur le terrain économique et social, verra en effet son autonomie de gestion et d'intervention se réduire au strict minimum.
En réduisant de moitié les élus régionaux et départementaux, les administrés auront encore plus de difficultés à trouver une oreille attentive pour les aider à résoudre leurs problèmes. Les associations qui verront leurs aides diminuées ou supprimées ne pourront plus tisser le lien social indispensable au bien vivre ensemble et les inquiétudes et les tensions ne feront qu'augmenter au sein des populations qui se sentent délaissées.
S'il y a quelques années de cela, un candidat à la Présidence de la République s’était fait élire sur le thème de la fracture sociale, son successeur Nicolas Sarkozy, loin de la réduire aura mis tout en œuvre pour l'aggraver.
À nous élus de la majorité départementale, à vous citoyens des Bouches-du-Rhône, de rester mobilisés pour préserver l’identité de nos institutions locales et les services publics de proximité qui ont fait la preuve de leur efficacité.
Roger Tassy, conseiller général des Bouches-du-Rhône

